(Dernière modification le 14/03/2020)

Que faut-il pour devenir un bon flûtiste?

_ Pour devenir un bon flûtiste, il faut... le vouloir.

   _ Et?

_ C'est tout.

 

Ce n'est pas une blague. Pour devenir juste un bon, un vraiment bon flûtiste, il faut seulement le vouloir vraiment.

 

J'entends par "un vraiment bon flûtiste" un amateur de très bon niveau, qui est capable de jouer la plupart des œuvres du répertoire, et de les jouer joliment - proprement, avec un joli son, en mesure et avec de l'expression - de manière à ce que lui-même, mais aussi celui qui les écouterait puissent y prendre plaisir.

 

Pour cela, il faut en fait 2 choses, mais dont la seconde découle normalement naturellement de la première: avoir réellement envie de vraiment bien jouer et s’exercer régulièrement. En effet, si on a vraiment envie de bien jouer, il ne doit pas trop en coûter de travailler un peu.

 

Notez que je dis bien s'exercer ou travailler

"régulièrement" et non “beaucoup”.

 

Effectivement, pour devenir un bon flûtiste, il n'est pas besoin de travailler énormément. Il faut par contre s'exercer régulièrement, pour créer des automatismes et arriver à ce que jouer de la flûte devienne une chose assez naturelle.

 

~ ~ ~

 

L'illustration la plus frappante de ce principe m'a été offerte par un élève du temps où j'enseignais à Göttingen:

 

Thomas avait déjà eu des cours de flûte quand il est venu me voir pour la première fois, mais n'avait malheureusement acquis que de très mauvaises bases techniques. [Le début de ce récit pourra paraître très négatif et certains pourraient penser: "Quel professeur horrible peut raconter cela d'un ancien élève!" Mais il n'y a rien de méchant à parler ainsi de ses débuts, puisque a) C'est la réalité. b) J'ai demandé à cet élève son accord avant de publier ce texte. c) Je raconte aussi la suite et de quelle très belle manière il a changé cela.] En quelque sorte, il avait donc appris en négatif et nous partions de plus loin que zéro: Il soufflait dans sa flûte extrêmement fort, en gonflant les joues, et produisait ainsi un son au volume sonore certes impressionnant mais très "sale", terriblement venteux. Il respirait avant chaque note, ne savait pas faire pas de détaché ni de liaisons, jouait avec un rythme très approximatif et n'avait pas de sens de la mesure. Il ne pouvait évidemment pas encore réaliser de nuances, en plus de quoi certains doigtés étaient incorrects, et la posture aussi était à corriger...

 

Il ne semble donc pas que l'on puisse parler ici d'un élève particulièrement doué. Pourtant, en moins de 2 ans, il a fait des progrès spectaculaires - plus que ce que la plupart des élèves font en 10 ans - et est devenu l'un de mes meilleurs élèves. En travaillant, de son propre aveu, 10 à 15 minutes par jour.

 

Quand je cessais mon activité à Göttingen, un an après mon retour en France, il respirait correctement, avait un beau son - propre, centré et ouvert - et tenait de longues phrases. Il avait développé un solide sens rythmique, avait acquis un bon détaché, maîtrisait les différentes articulations, commençait à accentuer les phrases et à faire des nuances... En plus de quoi il jouait le plus souvent ses morceaux en entier sans aucune fausse note. Ce qui ne gâche rien.

 

C'était sans aucun doute le moins bon de tous mes élèves en 2017. 22 mois plus tard, il était devenu un très bon élève et l'un des 2 meilleurs - peut-être le meilleur de tous ceux que j'ai eu, en tout cas celui qui a fait les progrès les plus rapides.

 

C'était un vrai plaisir de l'entendre jouer.

 

Ceci en moins de 2 ans, avec seulement 10 à 15 minutes par jour... Mais effectivement, il travaillait tous les jours ou presque, et en étant concentré.