Argent, or ou platine: la question du matériau

(Dernière modification le 30/04/2019)

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On fabrique depuis longtemps des flûtes en alliage d’or - 8, 9, 14 ou 18 carats. La première, en 18 carats, fut à ma connaissance l'œuvre de Louis Lot et date de 1869. Si les commanditaires ce sont adressés alors au plus célèbre et peut-être meilleur facteur de flûtes de son temps, ils ont sans doute plus tenu à la valeur de l’objet de par la préciosité de son matériau qu’à obtenir un instrument de musique aux qualités acoustiques exceptionnelles, puisque ce ne devait être qu’un cadeau offert à un riche amateur. Cette flûte resta d’ailleurs longtemps le seul exemplaire de cette sorte, et tomba même dans l'oubli jusqu'à son acquisition par Jean-Pierre Rampal en 1948. Pendant un temps encore, de tels instruments restèrent tout à fait exceptionnels. Depuis le début de l'ère des flûtes en métal et jusqu'au milieu du XXe siècle en effet, même les meilleurs et les plus exigeants flûtistes se contentaient d'instruments en argent, voire en maillechort.

 

Tandis qu’aujourd'hui, la plupart des solistes et des musiciens d'orchestre, de très nombreux professeurs et nombre de leurs étudiants jouent des flûtes en or. Beaucoup d'ailleurs pensent en avoir réellement besoin. Je connais même des amateurs qui possèdent des flûtes en 14 carats.

 

Et puisque l’Homme ne connait pas les limites qui devraient lui être imposées par la Raison, on devait bien un jour en arriver là: La mode depuis quelques années est aux flûtes en or 24 carats. Plusieurs fabricants proposent ainsi des modèles à 100.000 et quelques euros... (La mécanique n'étant pour le moment disponible au maximum qu'en 18 carats.)

Fétichisme ou apport réel au service de la musique?

 

Le musicien quand il joue est souvent trompé par ses sens, et il est très difficile - est-ce seulement possible ? - d'appréhender objectivement sa propre sonorité. La perception de notre propre son est influencée par de nombreux facteurs: notre état psychique et physique du moment, des paramètres extérieurs tels que l'acoustique du lieu, évidemment, mais aussi la sensation du poids de l'instrument, la température, ou la manière dont les vibrations sont transmises du tube dans les mains... S’ajoutent à cela les a priori et le fétichisme liés aux métaux précieux.

 

Ainsi un flûtiste comparant des flûtes en différents alliages sera la plupart du temps convaincu que celles en un métal plus dense ont un son plus riche ou une meilleure projection. Mais aussi fort et aussi sincèrement qu'il le croie, cela ne veut pas dire qu'un auditeur, même musicien ou flûtiste, pourra effectivement percevoir une différence, et encore moins que cette éventuelle différence soit due à la différence de matériau. Il faudrait pour pouvoir éclaircir ce point avoir des flûtes en différents alliages mais autrement exactement semblables et jouée par le même flûtiste dans les mêmes conditions. Conditions quasiment impossibles à réunir.

 

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Depuis le milieu du XXe siècle, le nombre des alliages proposés s’est accru considérablement... jusqu’à l’absurde. Longtemps, la très grande majorité des flûtes étaient en maillechort ou en argent, 900 et 925/1000e. Aujourd’hui, le maillechort n’est plus utilisé que pour les instruments de débutants ou intermédiaires. L’argent 900/1000e est tombé en désuétude. On utilise par contre des alliages 925, 950, 970, 990, 997 et 998/1000e, plus quelques alliages spéciaux, à quoi s’ajoutent les alliages argent-or, par exemple à 5 ou 15 %, puis viennent les alliages d’or: 8, 9, 14 ou 18 carats, et depuis quelques années 10 et 19,5 carats, et même 22 et jusqu’à 24 carats. Il faut compter aussi pour les alliages d'or jusqu’à 14 carats les variations en or blanc, rose ou jaune, et viennent encore le platine et quelques métaux plus rarement utilisés comme le palladium... Une chatte n’y retrouverait plus ses petits.

Flûtes en maillechort argenté, argent, argent plaqué-platine, or 9, 14 et 24 carats, et platine.
Flûtes en maillechort argenté, argent, argent plaqué-platine, or 9, 14 et 24 carats, et platine.

Je proposais ici un lien vers une très intéressante étude, menée par Renate Linortner à l'université de Vienne (Universität für Musik und darstellende Kunst Wien, Institut für Wiener Klangstil) sur l'influence du matériau sur les qualités acoustiques d'une flûte. Cette étude n'est malheureusement plus directement accessible en ligne. Vous trouverez ci-dessous une version abregée à télécharger (en allemand).

 

Pour la version complète - disponible en allemand et en anglais -  veuillez contacter l'Université de Vienne: Universität für Musik und darstellende Kunst Wien, Institut für Wiener Klangstil.

Silber, Gold, Platin - Materialaspekt bei Querflöten, Diplomarbeit von Renate Linortner, Kurzfassung
Studie zur Frage der Materie.docx
Document Microsoft Word 364.7 KB

Encore 2 petites anecdotes...

 

Un des plus célèbres facteurs de flûtes, qui a débuté sa carrière comme flûtiste dans des orchestres de premier plan et dont les têtes sont jouées par de très nombreux flûtistes parmi les meilleurs et dans le monde entier, me disait jouer lui-même (avec une tête en or de sa fabrication, certes) une flûte en maillechort...

 

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Un des meilleurs et des plus célèbres flûtistes du XXe siècle et ex-flûte-solo de l'Orchestre Philharmonique de Berlin participa un jour à l'expérience suivante: Dans les locaux d'un des plus grands fabricants japonais, il essaya tous les modèles devant les employés, qui ne savaient pas dans quel ordre il les jouait. L'instrument désigné par ces derniers comme le meilleur fut... la flûte la moins chère de leur gamme - une flûte en maillechort avec tête en argent.

 

A méditer...