Dernière modification le 11.06.2018 - Il ne s'agissait que de quelques corrections mineures. Je n'ai évidemment rien changé ni au texte original ni, bien entendu, à notre échange de courriels.

Georges Alirol

AVERSTISSEMENT: 

 

J'ai commis, quand j'ai rédigé et mis en ligne ce texte il y a plusieurs années, l'erreur de vouloir parler en peu de mots d’un sujet complexe, laissant ainsi la place à de possibles malentendus.

 

Dans les premières années suivant la publication de cette page, plusieurs anciens élèves de Georges Alirol m'ont contacté après l’avoir lue et tous exprimaient un sentiment apparemment proche du mien, à savoir leur grande admiration pour l'extraordinaire flûtiste et musicien qu'il est, associée au regret qu’il n’ait pas touché un plus large public. 

 

Jusqu'au jour où une de ses amies m'écrivit, apparemment outrée par mes propos qu'elle ressentit comme injustes et blessants à son égard. Je la remercie d'ailleurs encore une fois ici pour sa réaction, sincère. Je lui répondis par un long message, essayant de rendre plus claire ma pensée, et lui demandais si elle voulait bien faire suivre ma réponse à l'intéressé, avec qui je n'avais plus de contact depuis longtemps. L’échange qui suivit nous permit de préciser et de rendre plus sûrement compréhensible le sens de cette page et de résoudre un malheureux malentendu, et me permit de plus de lui exprimer à nouveau toute ma reconnaissance et mon estime.

 

Suivant sa proposition, je mets à disposition cet échange à la suite du court texte original. Il en résulte un texte beaucoup plus long, dont je recommande la lecture dans son intégralité à tous ceux que le sujet intéresse réellement.

Georges Alirol

Après avoir commencé par l'apprentissage du violon puis du violoncelle, Georges Alirol débute la flûte à l'âge de 11 ans. 3 ans plus tard, il est reçu dans la classe de Jean-Pierre Rampal au Conservatoire de Paris, où il achève ses études avec un 1er Prix à 16 ans, et il est engagé à 17 ans au sein de l'Orchestre de Paris...

 

Avec des débuts aussi fulgurants, on s’attendrait à ce qu'il soit devenu l'un des plus brillants solistes, ou au moins 1ère flûte d'un très grand orchestre... Si l'Orchestre de Paris est certes un orchestre de tout premier plan, il y restera toujours un peu caché, comme 2e flûte. Il ne jouera quasiment jamais ni en soliste ni en musique de chambre. Il en sera de même pour sa carrière d'enseignant: Il fut longtemps professeur à la modeste Ecole Nationale de Musique d'Evreux, puis à celle de Créteil, et si il a parallèlement enseigné au Conservatoire de Paris dans les années 90, c'est seulement en qualité d'assistant (classe de Pierre-Yves Artaud).

 

Une carrière très enviable... pour un flûtiste normal, mais pas du tout en rapport avec un tel talent.

 

~ ~ ~

 

C'est le flûtiste et l'un des musiciens qui m'a le plus marqué.

 

Je me souviens d’une virtuosité hallucinante! Je ne veux pas parler là de la capacité à jouer un maximum de notes à la seconde, mais de la véritable virtuosité: une technique parfaitement maîtrisée sur tous les plans - technique digitale (évidemment), régularité, précision rythmique, dynamique, détaché et articulation, nuances, maîtrise de la respiration et de la conduite de l'air... Une virtuosité totale, au service de la musique. J'ai encore le souvenir d'un legato merveilleux, comme je ne l'ai entendu que chez Radu Lupu et Natalia Walter.

 

Il créait des atmosphères, racontait des histoires comme un poète ferait avec des mots. Bien plus qu'un flûtiste hors du commun, il était (j'écris au passé parce que cela fait plus de 10 ans que je ne l'ai plus entendu) un musicien extraordinaire, rare.

 

Rarement j'ai entendu un artiste dont l'interprétation m'a semblée si profondément ressentie.

Je repense à lui avec admiration, mais aussi avec tristesse, et, d'une certaine manière, je lui en veux. Parce que je me dis: Quand on a un tel talent, on n'a pas le droit de le cacher! 

 

L'orchestre, c’est merveilleux, et dans un très grand orchestre, tous les musiciens doivent être excellents. Evidemment. Mais c’est tout de même absurde de laisser le meilleur - probablement le meilleur flûtiste, et certainement le plus profondément musicien parmi les flûtistes de l'ensemble - jouer une partie de 2e ou de 3e flûte! Et puis, je me dis qu'un grand musicien doit aussi jouer en musique de chambre et comme soliste, afin que tous puissent l'entendre. 

 

Un talent extraordinaire est un don, qu'on a pas reçu seulement pour soi mais qu'on doit partager - en toute modestie mais avec générosité. 

 

Je dois me garder de porter un jugement trop sévère et catégorique. Je ne l'ai pas connu intimement, n'ai été que son élève et encore qu'un temps bien bref. Probablement avait-il ses raisons. Mais cela n'empêche que c'est trop bête! 

 

Un immense gâchis... 

 

Des milliards de personnes passent à côté de la musique classique. Certains parce qu'ils vivent dans un monde où la musique n'a pas de place... Mais tous les autres, tout ceux qui l'entendent ou l'ont entendue sans savoir l'apprécier? Peut-être parce qu'elle est jouée par des musiciens médiocres... De vrais et grands musiciens, comme Georges Alirol ou Natalia Walter, auraient peut-être pu les toucher et  leur ouvrir les portes d'un monde qu'ils ne soupçonnent même pas.

 De : Georges Alirol
Envoyé : mardi 6 juin 2017 03:52
À : V
incent Thuet
Objet : Nachricht über
https://www.vincent-thuet-querfloete.de/kontakt-contact/

 

Cher Vincent,
  
C’est tout à fait fortuitement, que j’ai appris l’existence d’un article me concernant, article dont vous êtes l’auteur, et rendu public du fait de son rattachement à un blog dont vous êtes l’éditeur sous la référence
https://www.vincent-thuet-querfloete.de/en-francais/les-grands-musiciens/georges-alirol/ .

 

Je l’ai lu avec la plus grande attention.

Si sa lecture au premier degré laisse apparaître une sollicitude un peu touchante à l’égard d’un “ talent “ que vous estimez injustement méconnu, une lecture plus approfondie, laisse entrevoir nombre d’inexactitudes.

Vous êtes bien évidemment libre de penser à titre personnel, tout ce que vous voulez à mon sujet.

Il en va différemment lorsque vous choisissez de rendre ces considérations publiques, dès lors que celles-ci sont fondées sur des inexactitudes risquant d’abuser vos lecteurs et de fausser par là-même leur sentiment à mon égard.

Qu’il me soit donc permis de contester ici les faits que vous semblez vouloir me reprocher en écrivant à mon sujet et à ma très grande surprise : “ …. Et d’une certaine manière, je lui en veux …”

Cette phrase est lourde de conséquence en ce qu’elle révèle l’ambivalence de votre propos.

Il suffira pour s’en convaincre de comparer votre réponse faite à Madame T.  sur ce même sujet : ”…. Mais comprenez-vous ma tristesse, mon désarroi, mêlé même parfois de colère (pas contre lui, mais contre le monde) ? … »

En fait vous dites une chose à Madame T. qui peut être recevable, en vouloir au monde…. Pourquoi pas ?? Mais vous publiez m’en vouloir à moi…. Ce qui est parfaitement inacceptable. Pourquoi ??

Parce que me tenir pour responsable de pouvoir cacher ou de ne pas cacher, selon mon bon vouloir, mon supposé ( ici par vous ) “talent “, relève d’une grande méconnaissance des codes de la profession.

Mais restons-en aux erreurs et autres approximations que vous avez écrites, en souhaitant que vous comprendrez combien il est souhaitable de vous voir les corriger.

 

De l’Ecole Nationale de Musique d’EVREUX :

“… il fût longtemps professeur à la modeste école de musique d’EVREUX …”

 

Réponse à Mme T. : “…Il a en effet enseigné là durant plusieurs dizaines d'années, dans le petit conservatoire d'une petite ville perdue de province, … »

Et : « … Georges a été professeur dans une toute petite école… »

Monsieur THUET, cher Vincent, en qualifiant l’ENM d’EVREUX de modeste, ou de petit conservatoire, de toute petite école d’une petite ville perdue de province, vous trompez vos lecteurs.

C’est tout le contraire.

L’E.N.M d’ EVREUX a été et reste une fabuleuse école. Je remercie du fond du cœur pour leur inaltérable confiance dans mon enseignement, mes trois Directeurs Monsieur LION, le très grand Jean Claude BERNEDE, et enfin mon ami et très respecté Jean Claude BRION.

Sans oublier le Maire Roland PLAISANCE, notre indéfectible compagnon de route, qui a permis l’accès de l’E.N.M au sublime COUVENT DES CAPUCINS, datant de 1620, pour servir d’écrin à notre enseignement.

Cette école a été un exemple quasi unique de tolérance et de flexibilité administrative, nous avons pu créer avant toute autre école en France, un département réservé à tous les élèves en attente de préparation de concours d’orchestre, de C.A de D.E et à tous les élèves en errance, avant de trouver leur voie, situation oh combien délicate au sortir des CNSM de Paris ou de LYON …

Je n’ai quitté l’E.N.M d’EVREUX, qu’à regret, pour accéder à CRETEIL et si ce n’était pour enseigner avec mon grand ami Alain MENARD, jamais je n’aurais quitté ce superbe établissement.

Quelle vision élitiste sans fondement vous proposez là à vos lecteurs, cher Vincent, Evreux n’est qu’à 50 minutes de la capitale, la traversée du parc du couvent au printemps était un vrai bonheur…


Ne s’agit-il pas là d’une forme d’ingratitude de votre part, vous que j’ai accueillis avec bienveillance, vous faisant bénéficier de toute la flexibilité administrative possible, dans l’errance qui était la vôtre en ces choix difficiles entre la flûte et le fagott ?

J’ai une vision plus pragmatique de l’enseignement, et bien au contraire de la vôtre, je pense que ceux qui ont quelque savoir doivent se rapprocher de ceux qui ont le plus de difficultés à y accéder, à l’exemple de la Russie, où les très grands professeurs sont nommés dans le fin fond de l’Oural entre autres régions des plus reculées.

J’ai eu le bonheur d’enseigner à des élèves exceptionnelles comme Françoise DUCOS et Claire LOUWAGIE et tant d’élèves venus du monde entier, d’autres déjà en place qui cherchaient à entrer dans des orchestres à l’étranger … je vous en prie, Monsieur THUET, rectifiez sur ce point vos écrits.

 

Des règles du Métier et de leurs relations avec le plan de carrière

« … Avec des débuts aussi fulgurants, on s’attendrait à ce qu'il soit devenu l'un des plus brillants solistes, ou au moins 1ère flûte d'un très grand orchestre.

… L'Orchestre de Paris est certes un orchestre de tout premier plan, mais il y restera toujours un peu caché, comme 2e flûte, et il ne jouera quasiment jamais ni en soliste ni en musique de chambre. »

Réponse à Madame T. : « …On n'a pas besoin d'un génie pour la partie de 2e flûte dans une symphonie de Mahler ou même de Beethoven... »

Si je ne vous connaissais pas, je qualifierais votre rhétorique de sophisme.

C’est à dire des prémisses fausses menant à une conclusion fausse et préjudiciable - en résumé une carrière masquée, se résumant à un immense gâchis – selon vos dires.

Mais je vous crois sensible, honnête, dévoué à une cause en forme de quête de justice et que ce n’est que par une maladresse non intentionnelle que vous manquez ici votre but.

Comme la tromperie de vos lecteurs n’est pas intentionnelle, et s’agissant ici d’erreurs, je pense plutôt qu’il s’agit là d’un simple paralogisme.

Cette erreur qui consiste à fantasmer une logique de continuité - surtout en matière de plan de carrière musicale – forme à elle seule un paralogisme.
Elle est typique de ce que les ministères ont essayé de vous « vendre » dans les années 80.

Exemple : Non à l’élitisme désormais tout le monde peut devenir Mozart. Votre enfant va donc entrer dans une E.N.M , il va forcément obtenir un premier prix, celui-ci étant lié au diplôme de formation générale ce sera forcément un musicien complet, forcément il rentrera au CNSMDP, où forcément il obtiendra un premier prix également en musique de chambre, harmonie et contrepoint, et bien sûr il entrera en suivant à l’Opéra ou à l’Orchestre de Paris sinon dans un orchestre régional, on « pourra s’attendre » à le retrouver dans de nombreux concerts en soliste ou pour le moins en musique de chambre, et avec un bon impressario, son premier dvd devrait sortir avant 10 ans ….

Revenez sur terre Monsieur THUET, cher Vincent, les codes de la profession n’acceptent pas le mélange des genres.

La profession n’est pas un monde de bisounours. C’est un monde de requins, où la jalousie et le savonnage de planches sont les sports nationaux. Un monde d’égos surdimentionnés, où l’on nomme ce qui nous ressemble, où l’on élimine ce qui risquerait à terme de nous égaler…

Le plus difficile dans ce métier n’est pas de briller, non cher Vincent, le plus difficile, c’est de durer. Sur ce point au moins, vous m’accorderez d’avoir réussi.

A part dans un délire de toute puissance, je m’accorde à penser, que le touche-à-tout qui se prétend à la fois grand pédagogue, soliste international, chambriste, supersoliste dans un prestigieux orchestre symphonique, s’il ne bénéficie pas d’un aménagement d’horaires spécifique au sein d’au moins l’une de ses activités ( mi-temps supersoliste, par exemple ) à toutes les chances – à terme - de finir à l’ H.P. .

Je vous en prie Monsieur THUET, n’induisez pas les gens en erreur, en prétendant que quasiment n’importe quel flûtiste peut tenir le poste de deuxième flûte dans un orchestre de premier rang. Je vous souhaite d’attaquer un jour les si aigus pppp au piccolo dans les Gurrelieder de Arnold Schönberg face à un chef de la taille de Zubin MEHTA devant 4000 personnes, cette expérience devrait vous convaincre de réviser vos positions, en sentant l’immense moment de solitude qui devrait vous saisir en pareil instant….

J’ai choisi et aimé cette fonction de trapéziste d’orchestre plus que de musicien, pendant ces 37 années à l’O.P. , et oui , cher Vincent , en tant que trapéziste j’ai choisi le rôle du porteur, celui que le public ne voit pas, les yeux fixés sur le voltigeur, j’ai choisi de rattraper, de compter, d’être souvent la basse, dans son rôle d’onde porteuse propre à solidifier l’accord...

La voix qui donne la réplique, la voix discrète sans qui le discours perd tout son sens, le passage de relais, l’amour de participer à la puissance du son unique de l’Orchestre de Paris, cet Orchestre que j’aimerai jusqu’à mon dernier souffle, pour toute la formation qu’il m’a apporté, l’Orchestre qui m’a permis de devenir l’homme que je suis.

Musicien est un métier, Monsieur THUET, c’est une affaire de professionnels, ne l’oubliez pas, mais oubliez d’en juger les acteurs.

 

De la notion de don reçu et d’obligation de partage, de ma carrière de flûtiste résumée à un immense gâchis …
 
 

« …Un talent extraordinaire est un don, un don qu'on a pas reçu seulement pour soi mais qu'on doit partager - en toute modestie mais avec générosité. »

Pour ce qui est du don reçu, Monsieur THUET, vous devrez repasser !!... Point de fée penchée sur mon berceau, non, cher Vincent, votre vision très ésotérique des faits ne correspond là encore à aucune réalité.

Voyez plutôt : prise en main dès l’ âge de 4 ans par une tante très autoritaire et hautement qualifiée, solfège 60 mns par jour, puis le violon – instrument arrivant pour moi en troisième position - après l’écartèlement et l’âne espagnol en tant que tortures les plus prisées au moyen âge …

Formation à coup de pompes dans le c… et quelques baguettes d’archet brisées sur mes frêles gambettes à l’époque, quand les positions devenaient glissantes à l’aigu.

Bien sûr interdiction des jeux de gamin car cela risquait de distraire, à 9 ans prix de solfège spécialisé et dictées à 6 voix, à 10 commencement du violoncelle, et enfin flûte puisqu’on m’a demandé, contre toute attente, de choisir….

Vous comprendrez que dans ces conditions, la notion d’obligation de partage puisse être assez étrangère à ma conception très immature de la vie, je ne voyais à l’époque la musique que comme la somme d’une montagne d’emmerdements alliée à un sentiment de frustration quasi permanent.

« …Je dois me garder de porter un jugement trop sévère et catégorique. Je ne l'ai pas connu intimement, n'ai été que son élève et encore qu'un temps bien bref. Probablement avait-il ses raisons. Mais cela n'empêche que c'est trop bête!

Un immense gâchis... »

Tout le problème est là, et l’ambivalence de votre propos fait ici merveille.

Vous dites ne point me juger, mais vous jugez.
Qui plus est vous jugez de ce qui est sévère et de ce qui ne l’est pas.

En fait vous procédez par pétition de principe, vous tenez pour vraies vos prémisses.

Vous dites ne point me connaître intimement, ne m’avoir connu qu’un temps très bref, mais cela ne vous gêne pas de compresser 45 ans de carrière en un immense gâchis…

Vous concédez que j’avais probablement des raisons, mais vous ne les connaissez pas … la moindre des preuves de respect n’eut elle pas été de me proposer a anteriori de sa publication, une simple lecture de votre article ??

 

Conclusion

Comme vous avez pu le constater, Monsieur THUET, ma position dans cette réponse, est restée courtoise et avant tout pédagogique.

D’autres auraient pu choisir une voie moins diplomatique, pour ma part j’ai toujours choisi la voie de moindre brutalité.

Des amis très chers m’ont alerté du fait qu’en tapant georges alirol sur google, votre blog arrivait en première position, la lecture de votre article les a irrités, et c’est bien là la seule raison qui m’incite aujourd’hui à vous répondre, n’étant pas un féru d’internet ni soucieux de savoir ce qui pourrait se dire sur ma petite personne.

Je reste néanmoins sensible à la véracité des faits.

Je vous propose en conséquence trois solutions =

1 – Diffuser ma réponse à votre article dans son intégralité, sans changer votre propos, ainsi vos lecteurs ( trices ) se feront leur propre idée.

2 – Modifier votre texte en fonction des données que je viens de vous préciser,

3 - Fermer l’article me concernant.

Comptant sûr votre réactivité, et sûr le plaisir de lire votre réponse,

Bien à vous, cher Vincent, et cordialement,

Georges ALIROL

 De : Vincent Thuet
Envoyé : mardi 6 juin 2017 13:00
À : Georges Alirol
Objet : RE:

 

  

Cher Georges,

 

Je vous remercie vivement d'avoir pris le temps de lire mon petit texte vous concernant et de me répondre ainsi!

 

J'avais déjà assez longuement hésité à l'époque de la rédaction et modifié ce texte de nombreuses fois, et ai conscience, surtout depuis la réaction de Madame T. et plus encore après la vôtre, de m'être exprimé maladroitement.

 

A la lumière de votre réponse, de vos remarques et éclaircissements, je vais évidemment le modifier à nouveau. Cela prendra un certain temps, nécessaire à la réflexion, mais en attendant, je vais retirer dès aujourd'hui la partie polémique. Si vous le voulez bien, je vous enverrai le texte corrigé avant de le mettre en ligne.

 

Je vous avais écrit, il y a bien des années déjà, à une adresse qui me restait du temps où j'avais eu le bonheur d'être votre élève, puis au conservatoire de Créteil, mais sans jamais pouvoir savoir si ces messages vous étaient arrivés. J'ai également demandé à ceux de vos anciens élèves qui m'ont contacté après la lecture de cet article, mais aucun ne semblait avoir vos coordonnées.

 

Au demeurant, comme je l'ai écrit aussi à Madame T., tous ces anciens élèves écrivaient qu'ils partageaient mon sentiment et la tristesse que vous n'ayez pu toucher un public plus large - sans pour autant, pour la plupart, aller jusqu'à dire "vous en vouloir d'une certaine manière".

 

Il est regrettable que vos amis ne m'aient fait part de leur réaction ou ne vous aient fait suivre le lien plus tôt. Nous aurions pu régler ce malentendu bien avant. (Peut-être pourrez-vous également leur faire suivre cet échange?)

  

~ ~ ~

 

Permettez-moi d'écrire encore ces quelques mots, parce que je serais désolé que vous vous mépreniez sur mes intentions et compreniez mal mes propos:

 

Evidemment chacun est libre de choisir pour lui-même et personne n'aurait droit d'exiger de quelqu'un, quel que soit son talent, autre chose que ce qu'il estime être bon pour lui et juste. En outre, vos éclaircissements quand au temps de votre enfance et à votre formation éclairent la situation sous un jour nouveau.

 

De plus, je reconnais bien la valeur de ce que vous avez pu accomplir autant en tant qu'enseignant qu'à l'orchestre - valeur que je  ne cherchais nullement à minimiser.

 

Je suis aussi parfaitement conscient de la difficulté de tenir une place de 2nde flûte en orchestre, pour qui prend ce rôle avec tout le sérieux qu'exige une pratique véritablement artistique. Etant moi aussi - à mon humble niveau - un véritable et honnête musicien, je suis également bien conscient que toutes les voix, et non seulement celles des solistes, sont en musique importantes sinon essentielles. Cela étant dit, on ne m'enlèvera pas l'idée que la musique gagnerait, si les parties les plus exposées et les plus développées étaient jouées par les musiciens les plus profonds. Et je réitère alors ici mon avis - non pour vous flatter mais pour vous dire mon admiration pour votre art: les flûtistes qui se sont succédés au pupitre de 1ère flûte à vos côtés ont été pour certains tout à fait excellents (peut-être même parfois flûtistiquement aussi bon que vous ?), mais aucun de ceux que j'ai pu entendre n'était aussi profond, fin et honnête musicien.

 

Nous arrivons là à une question à laquelle j'aimerais beaucoup avoir une réponse: Etes-vous, cher Georges, conscient de la grandeur de votre talent? (Je n'entend pas par ce mot un don pour lequel vous seriez pour pas grand chose, je parle du talent que vous avez développé, aussi par un travail acharné et apparemment pas toujours dans la joie durant vos jeunes années.)

 

Comprenez-vous cette tristesse de voir briller et de ne pouvoir entendre que des x, y ou z (je citais comme exemple dans mon message 3 des flûtistes les plus célèbres des 40 dernières années), alors qu'on a connu des musiciens tellement plus profonds, plus honnêtes et fins comme vous êtes?

  

 

Vous avez également, vous aussi, mal compris mon propos quand à la valeur que j'accorde votre engagement à Evreux. Ce qui confirme que je dois bien modifier ce texte. Vous sauriez autrement que nos visions du rôle d'un enseignant sont très proches, si elles ne sont pas tout à fait semblables. Je ne juge absolument pas négativement le choix d'une école "à la périphérie". Mais il est par contre difficile de voir tant de flûtistes (parfois médiocres) et surtout musiciens si superficiels occuper les postes les plus "en vue". Tant de professeurs à l'égo malade ou resté à l'état puéril, qui servent leur intérêt égoïste, bien plus que celui des jeunes musiciens en recherche ou de l'Art. Je crois bien savoir que vous n'avez jamais cherché la reconnaissance, et c'est tout à votre honneur! Vous touchez au fond des choses et c'est pour cela que je vous admire. Cela dit, il est malheureux de laisser à des imposteurs les postes les plus influents.

  

~ ~ ~

  

Enfin, concernant la carrière et le monde de la musique...

 

Je ne suis pas naïf. Je sais combien le monde est injuste et mal fait. Je sais bien que - et c’est le cas dans la plupart si pas dans tous les domaines - les personnes les plus en vue et malheureusement les plus influentes sont souvent médiocres et (même quand elles ont de par leurs compétences plus de mérite à occuper de telles places) servent la plupart du temps leurs egos bien avant le Bien Commun.

 

En tout humilité, je vis cela moi-même. Etant un vrai musicien - j'oserais dire: un bon musicien, je crois, même si tout à fait médiocre par rapport à vous - , un bon musicien, parce que simplement honnête, travailleur, sincère et convaincu que la musique est un Bien pour l'Humanité, j'en vois et entends partout de moins bons et surtout de moins sincères, qui brillent et sont montés en idoles. Non que je sois très jaloux. J'ai la chance d'avoir un ego raisonnable. Mais je le déplore, ô combien! parce que je me dis que si des gens biens, honnêtes, sincères, si ceux qui veulent œuvrer au Bien Commun avaient l'audience de ces imposteurs égocentriques, ils offriraient un tout autre modèle, et que peut-être on pourrait ainsi faire grandir l'humanité.

 

Me comprenez-vous, cher Georges? C'est la même chose avec Natalia Walter, la pianiste dont je parle dans l'autre page, une musicienne aussi grande que vous. J'ai également toujours été bouleversé quand je l'ai entendue. Et j'enrage, parce que c'est elle et vous qui devriez être les "grands noms", ceux que les masses vont entendre...

 

Je me dis que si j'avais votre talent, je remuerais ciel et terre pour toucher le plus grand nombre. Mais il est vrai que je n'ai qu'une image (limitée à mon petit niveau) du « monde de requins » qu'est le monde de la musique. (L’image employée là est d’ailleurs très fausse - il semble que les requins soient des animaux beaucoup plus pacifiques que les hommes). Peut-être qu'on ne peut rien y changer. Peut-être que le Mal est trop fort, que les gens biens sont vraiment trop peu nombreux ou trop faibles.

 

Et je sais que vous avez fait beaucoup, à votre manière, par d'autres chemins.

 

Peut-être est-ce le vrai, le seul moyen - travailler, avec acharnement, sans jamais abandonner même si dans l'ombre, à son humble niveau d'un être parmi la multitude.

 

~ ~ ~

  

Vous comprendrez que c'est un état difficile à exprimer clairement en quelques lignes.

 

En attendant, je vais de suite retirer l'accès à la page et réfléchirai à la forme à lui donner. Peut-être la mise à disposition de cet échange serait-il la plus juste, la plus claire et la plus complète. Je crains seulement que bien peu de gens prennent la peine de lire tant. Enfin, liront ceux que cela intéresse.

  

~ ~ ~

  

En tous cas, voici enfin une occasion de vous témoigner directement mon admiration et de vous remercier pour ce que vous m'avez apporté. Je l'avais fait dans une lettre écrite il y a bien des années mais dont je ne sais si elle vous était arrivée. Je me souviens y avoir écrit me sentir en quelque sorte votre disciple. Je ne vous ai côtoyé qu'un tout petit temps, mais vous avez eu une grande influence sur mon développement en tant que flûtiste, musicien et par là aussi humain.

  

Bien cordialement

  

Vincent Thuet

De : Georges ALIROL
Envoyé : mercredi 7 juin 2017 06:57
À : Vincent Thuet
Objet : Re:

 

 

Bonjour Vincent,

 

Je vous remercie pour votre retour rapide et le sens nouveau que vous souhaitez donner à votre démarche.

 

J'y souscris.

 

Et en accord commun, la publication intégrale de notre précédent échange me paraît honnête ainsi que propre à éclairer la vision que les personnes intéressées pourraient avoir du ou des sujets que vous avez souhaité traiter.

 

(…)

 

Soyez dans tous les cas sûr, cher Vincent, que je vous garde toute mon estime,

 

Bien cordialement,

 

Georges ALIROL